Edito

Aimer l'Eglise


Catholiques, la publication du Rapport Sauvé nous a accablés. La colère d'abord. Un sentiment de honte, ensuite. Comment cela a-t-il pu être possible ? Il faut tout faire pour empêcher que cela ne recommence. L'urgence maintenant, c'est de réparer ce qui peut l'être chez ceux qui ont souffert. Reconstruire ; en particulier en accompagnant, au plan personnel, et en mettant en place, au plan institutionnel, les dispositifs nécessaires pour qu'il n'y ait plus de recoins d'ombre pour les malfaisants qui en profiteraient.


J'ai pris le temps de lire dans les annexes du Rapport les témoignages des victimes. On ne peut qu'être profondément triste des blessures infligées à des jeunes par des salopards, qui ont imposé leurs fantasmes et leur présence physique repoussante. Un des récits m'a ému aux larmes : C'est un jour de printemps 1979, une fin d'avril, il fait beau... C'est un mercredi, un mercredi matin, c'est jour de catéchisme, il y a un gamin qui court, il a presque 12 ans, il court vite, aussi vite qu'il peut. Il a quelque chose à dire, il en pleure, il en pleure bruyamment, cet enfant, c'est moi, je m'appelle Éric, j'ai 52 ans, c'était il y a donc 40 ans...
Les évêques n'ont pas eu peur de chausser des bottes d'égoutier pour déboucher le cloaque. C'est courageux. Il serait non seulement idiot mais malhonnête de leur dire maintenant que ça pue. Et c'est une première chose que je voudrais vous dire : on dit : « les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ». C'est bien vrai, et je le constate dès que je me regarde. Oui, mais ils le savent, et ça change tout. Voilà un peuple, des gens, qui osent porter une Parole, dont ils savent que, eux les premiers, elle les juge. Grandeur du peuple chrétien ! Cela ne me donne pas du tout envie de sortir de ce peuple-là. Respect ! comme aurait dit Nénesse, mon copain qui était tourneur, et ne s'en laissait pas conter. Ne craignez pas d'affronter la vérité, répète le Pape François, et alors là, n'ayez pas peur...


Il nous faut aimer l'Eglise. J'aime l'Eglise, non pas comme ma mère qui aurait vieilli et ne serait plus belle, mais comme ce peuple-là. Un peuple dont je connais aussi les défauts, mais dont les repères sont dans l'Evangile. L'Eglise qui est sainte, parce que le regard du Christ sur son épouse la recrée sans cesse au miroir de sa grâce. J'ai constaté que tel ou tel media se corrigeait : après avoir dit « crimes de l'Eglise », il titrait ensuite « crimes dans l'Eglise », ce qui est tout autre chose, sans rien excuser. S'il y avait un inceste dans ma famille, irais-je maudire la famille ? l'Esprit qui conduisait les prophètes leur inspirait une critique forte du pouvoir religieux des prêtres comme du pouvoir politique des rois. Le même Esprit aujourd'hui dans l'Eglise, qui nous rend capables d'être lucides sur nous-mêmes (pensons aux multiples actes de repentance, initiés par Jean-Paul II, pour l'entrée dans le nouveau millénaire), nous invite à nous réformer. C'est-à-dire non seulement à la repentance, mais à l'humilité. Et à manifester concrètement notre proximité à ceux qui ont souffert, à tous ceux qui souffrent.


Père François Bousquet